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Tribune libre – Michèle Dubouchet

Que deviennent les femmes travaillant dans l’économie souterraine en temps de crise covid-19 ?

 

Cette période de confinement met en lumière le rôle essentiel des femmes et révèle les métiers indispensables et viraux tous à prépondérance féminine pour lesquels, au-delà des éloges, on devra forcément exiger une valorisation.

Cependant elle laisse dans l’ombre les emplois perdus par les femmes, emplois très précaires voire non déclarés et pourtant seule source de survie pour elles.

Les services ménagers et les soins aux enfants ou aux personnes âgées- exercés de façon prédominante par les femmes, sont les secteurs des plus sollicités, mais aussi la restauration, l’agriculture, le tourisme ; le petit commerce et la construction étant plutôt réservés aux hommes.

Si l’offre du travail non déclaré montre que l’acquisition des services se situe dans l’entourage – dont on admet une certaine motivation sociale – on observe et on déplore un recours massif et notoire à des personnes d’ordre privé à des fins détournées plus commerciales.

Ainsi, la durée moyenne annuelle de travail par personne est trois fois plus importante dans le sud et le centre de l’Europe en comparaison à l’Europe du Nord qui pourtant présente le plus de personnes impliquées.

Nombreuses sont celles qui, privées de trouver un emploi déclaré, sont contraintes de se satisfaire de cette activité informelle et subissent en plus une discrimination liée au sexe absolument gigantesque puisque l’écart salarial est de près de 60% avec un tarif horaire à 19€ pour un homme qui passe à 12€ pour une femme !

 

La crise et le confinement rendant leur travail impossible aggrave leurs difficultés car, n’ayant aucune activité reconnue, elles n’ont ni revenu ni protection sociale.

Ces femmes éprouvent particulièrement les conséquences de la crise sanitaire et économique qui met en lumière cette économie souterraine difficile à connaître en temps ‘normal’.

Cela révèle – si c’était à prouver – la nécessité de lutter contre ces pratiques irrégulières incitées par des employeurs peu scrupuleux.

A cet effet la Commission européenne a lancé au mois de mars une campagne pour sensibiliser gouvernements, entreprises et salarié·e·s à ces dommages. Face à ces disparités sociales, il s’agit de rendre le marché européen du travail équitable et de garantir les mêmes droits sociaux à tous les citoyens et citoyennes.

C’est donc aussi le moment de se questionner sur la manière de considérer le travail bénévole. Les femmes habituées à « rendre service » sont déjà très nombreuses en temps normal et cela est accentué pendant cette période de crise ou les réseaux de solidarité sont en action. Des missions variées rétribuées en temps normal, sont offertes gratuitement et ce principalement par des femmes créditées d’une plus grande efficacité dans l’action militante et solidaire.

 

Un statut du volontariat doit émerger :

C’est pourquoi il me paraît nécessaire de poser là le volet intermédiaire du Volontariat.

Le statut de volontaire sous contrat même temporaire ouvre droit à une couverture sociale, à une indemnisation, et d’autres avantages en nature, cumulables avec certaines allocations.

Ce serait un premier pas vers la reconnaissance du travail, des services fournis et des initiatives d’une nouvelle économie basée sur la solidarité sociale devenant par la suite principe économique. Cela permettrait des engagements ponctuels qui seraient plus respectés et plus respectueux des femmes et de toutes et tous les travailleur·se·s sollicité·e·s et couperait avec les attitudes faussement reconnaissantes ou compatissantes pour celles et ceux-ci.

Un long chemin reste à parcourir pour que les hommes et les femmes qui travaillent puissent gagner décemment leur vie et bénéficier d’une réelle protection sociale.

En France, en Europe, dans le monde, tout Etat doit s’y consacrer, ainsi comme le rappelle Nicolas Schmitt commissaire européen : « Tout travail a son importance. Tous les travailleurs (travailleuses) méritent leurs droits sociaux ».  Reste à appliquer.

 

Michèle Dubouchet – Présidente de l’association PARITE et trésorière de la CLEF

 

 

 

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