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« Gisèle Halimi vient de mourir et Mazarine Pingeot souffre d’un mortel ennui »

Dans une tribune collective au « Monde », treize militantes féministes de tous âges répliquent à un texte de Mazarine Pingeot où la romancière déclare son « mortel ennui » face à un nouveau féminisme substituant la morale à la politique. Elles estiment que mener un combat pour les droits des femmes est un combat éminemment politique.

 

Gisèle Halimi vient de mourir et Mazarine Pingeot souffre d’un « mortel ennui »… Pourquoi rapprocher ces deux événements dont l’un est d’une importance capitale et l’autre ne vaut que par l’intérêt que lui a accordé Le Monde ? Parce que c’est au nom du combat des mères et des grands-mères que Mazarine Pingeot, dans l’édition du 29 juillet du quotidien (« Ce mortel ennui qui me vient… »), s’érige en « dormeuse » de leçons.

Sachez pour commencer, Madame Pingeot, que des mères et des grands-mères sont présentes dans ce que vous qualifiez de « nouveaux combats féministes ». Et elles se réjouissent de voir de nouvelles générations combatives se lever pour reprendre le flambeau.

Sachez aussi que la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants est un combat qui a commencé dès les années 1970 avec le Mouvement de libération des femmes (MLF) qui a aujourd’hui, heureuse coïncidence, 50 ans. Et c’est bien ce combat que nous continuons à mener.

Et si vous pensez que les jeunes générations dans leur globalité appréhendent la prostitution comme un travail, vous vous trompez lourdement. Beaucoup pensent que c’est une violence et se félicitent, malgré certaines carences, du vote de la loi du 13 avril 2016 qui prend en charge la sortie de la prostitution et pénalise enfin les clients au lieu de fustiger, comme auparavant, les personnes prostituées.

Torrents de haine

Oui, nous nous réclamons ensemble de la morale et nous avons encore la naïveté de croire, erreur de jeunesse ou de… vieillesse, que la politique devrait être morale. Vous pas, visiblement. Et nous considérons que mener un combat féministe pour les droits des femmes est un combat éminemment politique. Oui, nous faisons donc de la politique !

Sans jamais les citer, vous faites sans doute référence à Gérald Darmanin, Eric Dupond-Moretti et… Christophe Girard. Nous avions aussi la faiblesse de croire que, depuis #metoo, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants avait franchi un pas décisif et qu’être ministre de l’intérieur et accusé de viol était incompatible. De même qu’être ministre de la justice et auteur incessant de propos sexistes, avocat très offensif contre les victimes de viol.

Mais le pire, pour vous, c’est sans doute Christophe Girard, encarté au Parti socialiste, qui n’est accusé de rien sauf de connaître visiblement un peu trop un dénommé Gabriel Matzneff, accusé de pédocriminalité, avec qui il dînait au restaurant aux frais de la Mairie de Paris et donc du contribuable. De la morale encore, que vous transformez en un tour de passe-passe en « ordre moral » et « livrets de vertu ».

Nous ne nous appesantirons pas sur les torrents de haine lesbophobe reçus par Alice Coffin, élue du Conseil de Paris, qui a dénoncé cette situation avec Raphaëlle Rémy-Leleu, autre élue. Haine que votre politique ne semble pas condamner. Notre morale, si !

De nombreuses universalistes

Sachez aussi que parmi toutes ces jeunes féministes, il y a de nombreuses universalistes. Ce qui les mène à lutter contre la domination masculine, le racisme, le colonialisme, pour la régularisation des sans-papiers, le soutien aux « gilets jaunes », pour un monde égalitaire et non pour « substituer une domination à une autre ».

Et elles portent aussi un internationalisme féministe contre l’excision, en soutien au mouvement social algérien, aux féministes latino-américaines luttant pour obtenir l’avortement ou aux Polonaises qui sont sans cesse menacées d’être privées de droit.

Elles s’élèvent aussi contre le temps partiel, la précarité, militent pour l’égalité salariale et professionnelle, pour la grève féministe.

Bref, nous vous saurions gré dorénavant de ne plus donner de leçons sur une réalité que vous n’appréhendez pas du tout. Cela vous évitera de vous ennuyer mortellement et nous, de perdre un temps précieux que nous n’avons pas à vous consacrer.

 

Les signataires : Zahra Agsous, militante féministe, 49 ans ; Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde, 66 ans ; Josie Céret, militante de la coordination des associations pour le droit à l’avortement et la contraception, 82 ans ; Marilou Clair, militante féministe, 27 ans ; Manuela Dufour, militante féministe, 30 ans ; Marie-Paule Grossetete, militante féministe, 66 ans ; Gwenn Herbin, militante féministe, 31 ans ; Anne Leclerc, militante féministe et syndicaliste, 63 ans ; Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme !, 44 ans ; Karine Plassard, militante féministe, 47 ans ; Lorraine Questiaux, militante féministe, 33 ans ; Suzy Rojtman, porte parole du Collectif national pour les droits des femmes, 67 ans ; Neila Sayah, militante féministe, 22 ans.

 

Tribune signée par Marie-Paule Grossetete,
Vice-présidente de la CLEF
Présidente de OLF! 13
Ces tribunes n’engagent que leur(s) autrice(s).