Revue de presse féministe & internationale du 06 au 10 octobre 2025

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ROYAUME-UNI

Sarah Mullally, première femme nommée à la tête de l’Eglise d’Angleterre.

Pour la première fois depuis sa création au XVIe siècle, une femme prend la tête de l’Eglise anglicane : ce vendredi 3 octobre, Sarah Mullally est devenue cheffe d’une institution divisée et délaissée.

   A une époque où certains préceptes religieux sont jugés comme dépassés et secouée par des accusations de pédophilie, l’Eglise anglicane a besoin d’une main d’acier dans un gant de velours pour redresser sa situation.

Pour rappel, son prédécesseur, Justin Welby, avait démissionné suite à la publication d’un rapport révélant qu’il avait couvert un scandale d’agression sexuelles et physiques contre des garçons et des jeunes hommes.

Par ailleurs, l’Eglise anglicane est divisée en interne s’agissant des positions communes à adopter : si elle tente parfois d’évoluer avec son temps, il reste difficile de changer 14 siècles d’histoire et de croyances. La nomination de Sarah Mullally comme archevêque de Canterbury intervient alors que l’Église n’autorise l’ordination des femmes évêques que depuis 2014.

Partisane de la bénédiction des couples homosexuels et se positionnant comme pro-choix sur la question de l’avortement, elle apparait comme un vent de fraîcheur nécessaire pour populariser l’Eglise, notamment auprès des jeunes. Femme et considérée comme une “progressiste théologique”, Sarah Mullally cumule ainsi les fautes auprès de certains de ses paires.

L’évêque d’Ebbsfleet s’est même prononcé en affirmant que la consécration d’une femme comme cheffe de l’Eglise anglicane était contraire aux écritures de la Bible, ne reconnaissant donc pas l’autorité de Sarah Mullally. Cette opinion est également partagée à l’étranger, notamment par le Global Fellowship of Confessing Anglicans (Gafcon), un réseau d’églises anglicanes conservatrices d’Asie et d’Afrique.

Sarah Mullally sait qu’elle fait parler, et n’en a pas peur. Lors de son premier sermont comme évêque de Londres, en 2018, elle déclairait déjà : « Je suis consciente qu’en tant que première femme évêque de Londres, je suis nécessairement subversive — et c’est une nécessité que j’ai l’intention d’accepter ».

Elle est ainsi consciente du plafond de verre qu’elle est en train de briser et entend bien poursuivre, en encourageant les femmes à la suivre. Si les femmes peuvent devenir prêtresses depuis 1994 et que plus 40 des 108 évêques britanniques sont des femmes, l’Eglise d’Angleterre maintient néanmoins la possibilité pour les paroisses de s’opposer à l’ordination des femmes. Aujourd’hui, 5% des paroisses anglicanes s’opposent toujours officiellement à l’ordination des femmes. Si ce chiffre paraît relativement bas, ces paroisses ont un effet disproportionné sur la structure et les prises de position de l’Eglise.

Dans cet environnement encore très misogyne, Sarah Mullally se qualifie comme une “bergère” : elle est prête à guider sa communauté vers de nouvelles réformes en relevant les défis auxquels l’Église fait face, notamment s’agissant du taux d’intendance qui est en chute libre. Consciente des reproches faites à l’institution religieuse, notamment s’agissant des multiples abus couverts par la hiérarchie. Elle s’engage ainsi à « favoriser une culture de sécurité et de bien-être pour tous ».

La nomination d’une femme d’expérience et de terrain comme cheffe spirituelle de près de 85 millions de fidèles dans le monde constitue ainsi une prise de position forte, tant pour la situation de l’Eglise d’Angleterre que pour promouvoir l’implication des femmes dans les instances décisionnelles, habituellement dominées par les hommes.

 

Mitchell, Sasha. “Du jamais-vu en cinq cents ans : Sarah Mullally, première cheffe de l’Église anglicane”. Courrier international, 3 octobre 2025. 

“Sarah Mullally devient la première femme cheffe de l’Église anglicane”. France 24, 3 octobre 2025. 

Diseko, Lebo. “Conservative church group condemns choice of female Archbishop of Canterbury”. BBC, 3 octobre 2025.

https://www.theguardian.com/world/2025/oct/03/sarah-mullally-the-former-nurse-who-will-be-archbishop-of-canterbury

Jagger, Sharon. “First woman archbishop of Canterbury can’t preside over communion in hundreds of churches”. The Conversation, 6 octobre 2025.


FRANCE

Procès en appel de Gisèle Pélicot : « la honte doit changer de camp ». 

Un an après avoir refusé le huis clos lors de son premier procès, Gisèle Pelicot, 72 ans, est revenue devant la cour d’assises d’appel du Gard avec la même exigence: un procès public.

   Ce procès en appel, qui s’est ouvert le 6 octobre à Nîmes, a lieu car un homme a contesté sa peine fixée à 9 ans. 

Dans la salle d’audience, neuf juré.es, cinq hommes et quatre femmes, ont été tiré.es au sort. En effet, alors que le procès principal s’est déroulé dans une Cour Criminelle Départementale avec seulement des juré.es professionel.les, ce procès en appel a lieu dans une Cour d’Assises (Cour où sont jugés tous les autres crimes).

Le mardi 7 octobre, de nouvelles vidéos des viols sont diffusées dans le tribunal. Comme lors du procès en première instance, Gisèle Pelicot apparaît inconsciente, ronflante, et pourtant pénétrée à plusieurs reprises. Dans le journal La Provence, Gisèle Pélicot confie son consentement à la diffusion des images et cite que son fils quittera la salle à ce moment-là.

Le troisième jour du procès en appel, Gisèle Pelicot a pris la parole. Elle s’est exprimée à la barre, accompagnée de son fils cadet, Florian. Ce témoignage, très attendu, a porté autant sur les faits que sur les raisons de sa démarche publique, politique et militante.

À la barre, l’accusé conteste les faits. Il affirme ne jamais avoir voulu violer Gisèle Pelicot. “J’ai tout le respect pour elle, je n’ai jamais voulu la violer”, déclare-t-il devant la cour. Il raconte avoir été invité chez les Pelicot dans la nuit du 28 au 29 Juin 2019, après des échanges sur le site de rencontres Coco.fr, et avoir pensé participer à une soirée libertine avec un couple ouvert. Il dit avoir cru que la victime était consentante et sobre.

Mais cette version est contredite par Dominique Pelicot, le mari de la plaignante, qui reconnaît avoir informé tous les hommes conviés que son épouse serait placée sous sédation

La ligne de défense de l’accusé s’effondre à mesure que les expertises sont exposées. Le psychiatre Laurent Layet, ne laisse pas place au doute: “Au moment des faits, il avait un rapport tout à fait normal avec la réalité. S’il a transgressé un interdit, il l’a fait en toute connaissance de cause.”

Le président de la cour, Christian Pasta, interpelle l’accusé sur ses contradictions: “Vous l’avez pénétrée, mais personne ne vous a dit qu’elle était inconsciente?”

Le lendemain, jeudi 9 octobre, le jugement est tombé : l’accusé a finalement été condamné à dix ans de prison, soit un an de plus que la peine initialement envisagée, fixée à neuf ans.

 

“Procès en appel des viols de Mazan: face à Gisèle Pelicot, il affirme “je n’ai jamais voulu violer cette dame”. SudOuest, 6 Octobre 2025.

Biosse Duplan, Marion. “Procès en appel des viols de Mazan : fin d’une première journée consacrée à la personnalité de l’accusé”. LaProvence, 6 Octobre 2025.

Del Tatto, Bénérice et Iberrakene, Dalila. “Procès des viols de Mazan. Condamné pour trafic de drogue, père de famille sans emploi, homme « honnête »… qui est le seul condamné à faire appel face à Gisèle Pelicot ?”. Franceinfo, 6 Octobre 2025.

Thomas Decreusefond, Marlène et Harounyan, Stéphanie. “Procès en appel de Mazan : une peine aggravée après les dénégations «désespérantes» de l’accusé”. Libération, 9 Octobre 2025.


JAPON

Sanae Takaichi, une future Première ministre loin d’être féministe.

Pour la première fois dans l’histoire du Japon, une femme est en passe de devenir Première ministre. La candidate, qui décrit Margaret Thatcher comme son modèle, défend une ligne politique de droite, nationaliste et très conservatrice.

   Élue le 4 octobre à la tête du Parti libéral démocrate (PLD), elle est pressentie pour devenir Première ministre mi-octobre. 

Le 7 septembre 2025, le Premier ministre nippon Shigiru Ishiba a démissionné, après que son parti, le PLD, a perdu les élections sénatoriales en juillet. Près d’un mois plus tard, Sanae Takaichi est élue à la tête du même parti, devenant ainsi la possible future Première ministre. Bien que le PLD ait perdu en influence et en soutien ces dernières années, il semble peu probable que l’opposition – très divisée – parviennent à présenter et faire élire un·e autre candidat·e. 

Le Japon est donc sur le point de vivre un moment historique : l’accession par une femme au poste de Chef·fe de l’État, dans un pays encore très ancré dans des normes patriarcales et sexistes. Comme le souligne Yuki Tsuji, professeure universitaire spécialisée dans les questions de genre en politique, c’est un tournant symboliquement fort pour le Japon. En revanche, la chercheuse souligne que si elle venait à échouer dans sa fonction de Première ministre, cela pourrait certainement renforcer les préjugés concernant les femmes et la politique. De fait, le Japon est un État où la présence des femmes dans les sphères de décision est encore très faible. Ainsi, parmi les vingt membres du gouvernement démissionnaire, seuls deux ministères étaient occupés par des femmes. En outre, le Global Gender Gap Report, un rapport annuel publié par le Forum Économique Mondial sur les inégalités entre les femmes et les hommes, classe le Japon à la 118ème place sur 148, en 2025, en termes d’écart économique et politique entre les sexes. Les femmes représentent environ 15% des député·es de la Chambre basse. En 2021, 13,2% des postes de direction étaient occupés par des femmes, la statistique la plus basse des pays membres de l’OCDE. Sanae Takachi s’est engagée à nommer plus de femmes au sein de son futur gouvernement, avec l’objectif d’atteindre un niveau de représentation semblable à celui des pays scandinaves. En effet, les pays en tête du classement du Global Gender Gap Report 2025 sont l’Islande, la Finlande et la Norvège. 

Malgré cette annonce, la future Première ministre ne se démarque pas par ses mesures féministes et anti-patriarcales. Au contraire, elle suit une ligne directrice conservatrice, avec une vision traditionnelle de la famille, s’opposant par exemple à la révision d’une loi qui oblige les couples mariés à partager le même nom de famille, très souvent celui de l’homme, ou refusant catégoriquement le mariage de personnes de même sexe. Elle ne s’intéresse aucunement aux droits des femmes et aux politiques d’égalité des sexes, étant contre l’accession d’une femme au trône impérial, par exemple.

Ces positions antiféministes s’inscrivent plus globalement dans une vision conservatrice et nationaliste de la politique. Celle que certain·es député·es et sénateur·ices de sa formation surnomment “la talibane” défend des positions très fermes face à la Chine ou encore sur les questions d’immigration et de tourisme au Japon. Elle est également vivement critiquée pour ses visites régulières au sanctuaire de Yasukuni, un lieu d’hommage aux Japonais·es mort·es pour le Japon, où gisent notamment des criminels de guerre condamnés pour leurs crimes durant la Seconde Guerre mondiale. Ce lieu est considéré par d’autres États asiatiques comme un symbole du passé colonialiste et militariste du Japon. Selon Le Monde, Sanae Takaichi nie également les crimes de guerre commis par son pays durant ce conflit. 

La très probable accession, pour la première fois,  d’une femme à la tête de l’État nippon est donc une nouvelle à relativiser, car elle ne présage pas d’un engagement particulier en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes. 

 

“Sanae Takaichi devrait être la première femme à gouverner le Japon”, Courrier international, 4 octobre 2025.

Rannou, Thomas. “Qui est Sanae Takaichi, première femme à prendre le pouvoir au Japon ?”, Le Point, 4 octobre 2025.

Mesmer, Philippe. « Au Japon, l’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti au pouvoir annonce un tournant nationaliste dans l’Archipel », Le Monde, 4 octobre 2025.

« Japon: Sanae Takaichi nouvelle cheffe du parti au pouvoir, en passe d’être Première ministre », RFI avec AFP, 4 octobre 2025.

Rousseau, Yann. « Au Japon, une femme, nationaliste radicale, va prendre le pouvoir », Les Échos, 4 ocobre 2025.

« Japon: Sanae Takaichi, une Première ministre pas féministe », France 24, 5 octobre 2025.